Rechercher

Le Made by Ouïghours : voulons-nous vraiment SAVOIR ce que nous consommons et produisons ?




Dur de vivre dans l’indifférence totale des injustices humaines quand on nous a appris à les renommer “Biais”.


Biais, mot pour justifier une “erreur” de perception, d’analyse ou de compréhension : on parle aussi de “Fake News”, tentative de trolls à biaiser et falsifier une information de façon consciente dans un but idéologique précis.


Et quand c’est vrai, et que ça dépasse l’inimaginable, on fake news, notre conscience l’écarte et refoule l’information, alors on se tait : gêné par cette réalité qu’on préfère écarter à coup de “scrolls”, de peur qu’elle ne prenne le dessus sur ce que l’on considère “notre réalité”, de peur de devoir changer nos habitudes et boycotter certains de nos produits fétiches…à deux balles ! Et puis c’est vrai que ça coûte plus cher d’acheter du #MadeinEurope que du #MadeinChina, après tout nous n’avons pas les moyens, ne changeons pas nos habitudes, achetons plus pour moins cher, contribuons à la destruction des ressources et polluons plus, envoyons nos déchets à deux balles quand ça n’est pas à 4, à coup de conteneurs aux pays les plus pauvres.



Crédit : Illustration de Benjamin Tejero — Vice


Après avoir vu cette illustration choc de Benjamin Tejero pour l’article Vice “Comment la Chine vend les « organes halal » de ses prisonniers Ouïghours aux riches”, bien évidemment je n’y ai pas cru tout de suite tout comme la réaction de certains en commentaires :

“ C’est juste impossible! Et heureusement. Attention à l’information.”
“ C’est dingue si c’est vrai”

En somme, y croire peut nous faire frôler la “Folie” : déni serait plus sain pour notre équilibre car notre immobilisme nous rendrait “Fou” et “complice” indirectement de crimes contre l’humanité, tout comme les entreprises soumises au Droit sur le devoir de vigilance de la surveillance de leurs fournisseurs directs et indirects, alors on rejette la responsabilité sur les marques, sur les fournisseurs sous prétexte du “ Nous ne savions pas”. Mais nous serons tout aussi complice que ces entreprises à partir du moment où nous l’avons su.


À chacun de nous d’agir à sa façon : arrêter de consommer des produits de marques complices s’avère l’arme la plus dissuasive, agir pour re-créer une économie saine respectant les conventions internationales des droits humains fondamentaux et le respect de l’environnement, contribuer à la création de technologies inclusives éthiques, travailler dans des entreprises à missions…des centaines de façons de s’impliquer dans notre société pour éviter un “état” d’immobilisme complice.


Depuis un an déjà, nous sommes pour une grande majorité d’entre nous au courant de la présence de camp d’enfermement des minorités musulmanes #Ouïghours en Chine, nous avons essayé de tempérer en se disant que ça n’est que des “camps d’éducation” et d’aliénation à l’idéologie communiste chinoise et qu’il ne s’agit pas vraiment de “camp de concentration”. Puis au fil des mois, nous avons appris par Forbes que plusieurs marques étaient impliquées indirectement à travers leurs fournisseurs et sous-traitants, dans le travail forcé d’ouvriers.


La loi sur le Devoir de Vigilance votée par Dominique Potier, était censée encadrer ces pratiques et permettre aux Grandes Entreprises de plus de 5000 employés d’améliorer la qualité des contrôles, de remonter la chaîne d’approvisionnement et d’améliorer la chaîne de valeur.


Dernièrement le député Européen Raphaël Glucksmann qui vient d’être nommé rapporteur pour la Commission droits humains de l’initiative législative sur le devoir de Vigilance des entreprises européennes, a fait état d’une “liste de la honte” de 83 entreprises impliquées dans le travail forcé sur son compte Instagram : des entreprises issues de différents secteurs d’activité tels que l’électronique, le textile, l’automobile, l’alimentaire…etc.


Sa campagne de “Name & Shame” interpellant directement les dirigeants d’entreprises, des marques à répondre à sa lettre via son compte Instagram, a fait réagir plus de 17000 personnes en moins de 24h, dont certains directeurs de marques mécontents :

Sa lettre transmise aux entreprises incriminées :


« Monsieur le Directeur général de la  marque X, comme vous le savez, près de trois millions de musulmans ouïghours sont enfermés dans des camps en Chine. Des Dizaines de milliers d’entre eux sont réduits en esclavage au profit de fournisseurs de grandes entreprises internationales. Ce printemps, un rapport australien a mis en cause 83 marques mondialement connues, dont X. Voilà pourquoi je vous écris et souhaite vous rencontrer. Je porte un projet de législation sur le devoir de vigilance des entreprises et je voudrais connaître les mesures que vous prenez pour faire cesser pareille abjection. Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments républicains, Raphaël GLUCKSMANN, Député Européen. » en ajoutant, “ Merci du partage et merci pour votre mobilisation! On ne va pas les lâcher. #ouighoursarmy

Si ces informations étaient déjà connues par un certains nombre de personnes, la dernière publication de Vice sur le trafic d’organes en Chine de communautés Ouïghours Marketant des “organes Halal” à destination principalement des pays musulmans du Golf, sonne comme une urgence absolue d’arrêter toute transaction économique avec la Chine et voir éventuellement, des pays complices de ce trafic. D’autres journaux comme Mediapart, Science et Avenir ont déjà évoqué ce sujet.


Il y a quelques mois, la vidéo de Brut diffusée le 26 janvier, faisait état de plus d’un million de musulmans détenus dans des camps. Sur sa vidéo Brut a rencontré des familles d’Ouïghours à la recherche de proches disparus qui alertait le monde sur ces camps de la honte. Aujourd’hui, l’État chinois les persécute, jusqu’en France.


La lutte actuelle du gouvernement Chinois, va au-delà d’une assimilation d’une idéologie communiste — dans l’indifférence totale — avec l’appui et le vote de plusieurs pays complices pour sauvegarder une coopération économique étroite — les mêmes qui ont ratifiés les conventions internationales pour la protection des droits de l’Homme contre les discriminations des minorités : Arabie saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Pakistan, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Tadjikistan, Algérie et Turkménistan.

Le problème aujourd’hui, c’est que plus l’information sera choquante moins nous aurons la capacité d’accepter la réalité des faits, peut être par complaisance car nous préférons ne pas “savoir”.

En tant que dirigeante de FAIR MAKERS, nous avions contacté plusieurs marques pour évaluer les ouvriers à la source, au travers de notre techno, la “Voix des ouvriers /WorkerVoice”, en continu sur des sites industriels…mais tout comme certains consommateurs refusant de voir la réalité, le constat est le même pour plusieurs entreprises :

si aujourd’hui nous avons pu déployer et évaluer à distance plusieurs fournisseurs sur plusieurs pays, dont la Chine, collecter des données en continu en questionnant directement les ouvriers sur les conditions de travail et les responsables des usines sur les risques environnementaux, nous avons essuyé également plusieurs refus dû à une crainte d’une collecte continue de données à risques, impliquant 10 fois plus les responsables d’entreprises dans l’amélioration continue, le contrôle et l’accompagnement de leurs fournisseurs et sous-traitants, ce qui constituerait au final plus de charges de travail et nécessiterait d’embaucher.


Si aujourd’hui, les évaluations annuelles ponctuelles, adressées à des managers s’avèrent insuffisantes sur certains indicateurs adressables à des ouvriers, celles-ci présentent plusieurs biais : il faut savoir que moins de 1% d’ouvriers sont questionnés aujourd’hui, ce qui ne constitue pas un panel statistique représentatif de la réalité des conditions de travail : est-ce vraiment cohérent d’évaluer les managers sur les conditions de travail de leurs propres employés, quand moins de 1% des employés sont sondés ?


À cela s’ajoute le manque d’informations qualitatives et le manque d’évaluations : en moyenne seul 20% du parc fournisseur direct est évalué, en ce qui concerne les sous-traitants, il n’y a quasiment pas d’informations.


Les process des évaluations actuels sont ancrés dans le marbre depuis presque un siècle, il n’y a que peu de remises en cause de la qualité des évaluations et de la qualité des données collectées.


Ici un exemple d’évaluation FairMakers faite en Chine il y a quelques mois, faisant apparaître des salaires en-dessous du niveau légal local, avec une notation de 1,5/5 déclarée par 280 employés et 4,6/5 déclarée par 12 managers d’usine, ce qui constitue un écart important entre ce que déclarent les managers et ce que déclarent les ouvriers :



le panel statistique des employés s’avère plus fiable de part le nombre important d’employés, la fréquence d’évaluation en continu et le fait qu’il n’y ait pas d’intermédiaires pour répondre à leurs propres conditions de travail.


Une des questions qui revenait souvent lors de nos échanges avec les entreprises :

“ Que fait-on si on découvre des risques graves ? Sommes-nous obliger d’arrêter le contrat ?”

Cette question a été un vrai frein à l’évaluation régulière des fournisseurs et l’application de la loi sur le Devoir de Vigilance, en clair, on préfère ne pas savoir.


Je finis par cette illustration, faisant réfléchir sur le sens du mot “ignorance”, une citation du Dalai Lama :

“ Dès lors que l’ignorance est notre maître, il n’y a pas de possibilité de paix réelle.”

À nous de faire la paix avec nous même si on souhaite un monde meilleur, le changement commence par NOUS et nos modes de consommations : responsables ou pas…à nous de choisir “notre réalité” en cohérence avec notre conscience.

0 vue